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Papa

 

Je suis Maurice, Louis RIVIERE, né le 27 novembre 1925 à Lyon 2ème, Hôpital de la Charité
Fils de : Lucienne RIVIERE, née le 26 juillet 1906, décédée le 25 mai 2000
Et de : père inconnu
Reconnu par Lucienne RIVIERE à Lyon 2ème le 17/2/1926

Je me décide tardivement à écrire mes mémoires, et certainement la « mémoire » me fera défaut dans certaines circonstances mais je pourrai en retracer l’essentiel.


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1 – Revel
2 – Roussillon
3 – Lyon
4 – Roussillon à nouveau
5 - Alerte aérienne à St Fons
6 - Au milieu d’une patrouille allemande
7 - Direction le maquis
8 - Alerte au camp
9 - Fini le maquis
10 - Les bras en croix sur la route
11 – Une grave blessure
12 – Occupation en Allemagne
13 – Occupation en Autriche
14 – Le Champagne du Général
15 – L’or Hongrois
16 – Les Russes rentrent chez eux
17 – Un caillou dans les reins
18 – T.O.AU : Championnats militaires d’Athlétisme
19 – Destination Berlin
20 – Destination Indochine
21 – En opérations avec la Légion (13è D.B.L.E)
22 – Le pont de singe
23 – Opérations au Laos
24 – Opérations en Annam
25 – Mitraillé par notre aviation
26 – Les mains sur une bombe piégée
27 – Un beau tir au lance-grenade
28 – Le chant des TFEO
29 – La dissolution du 1/35 RI
30 – Le chien Blanco et l’embuscade
31 – Pris pour un Viet
32 – La Revue du Général
33 – Deux déserteurs
34 – Exécutions capitales
35 – L’Incendie du poste de Cu-Nam
36 – Dernières opérations et fin de séjour en Indochine
37 – Quelques faits divers
38 – Le S/S Pasteur
39 – La France et le congé de Fin de Campagne
40 – Un stage de tirs au mortier
41 – Un Half Track au nez tordu
42 – Volontaire pour un 2ème séjour en E.O
43 – Saïgon à nouveau
44 – Direction le Cambodge
45 – Minette en Balade
46 – Dans l’armée Cambodgienne
47 – Visite de ruines d’Angkor
48 – Saïgon en attendant le S/S Skaugum
49 – Marseille et la France
50 – L’Algérie
51 – Fin de ma carrière militaire
52 – Histoires de serpents
53 – Histoires de scorpions
54 – Une histoire de sangsue
55 – Un geste dangereux
56 – Une bonne cuite
57 – Regard sur ma carrière militaire
58 – Mes états de service

Le Chant des TFEO
Mon beau village

Publié dans : RIVIERE Maurice
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1927, 15 mois et demi

J’avais 9 mois lorsque ma mère me mit « en nourrice » à Revel-Tourdan (Isère) à 5 kilomètres de Beaurepaire, un charmant petit village perché sur une colline dominant toute la vallée de la Valloire, avec par beau temps une vue sur le Mont-Blanc.

La famille Bouvard où je venais d’atterrir était une famille pauvre. Mère Bouvard élevait six ou huit chèvres et faisait du bon fromage. Le père, lui, était journalier, il travaillait chez les uns et les autres, apte à un peu tous les travaux. En plus, il était tonnelier mais ce métier, dans cette région ne lui donnait que deux ou trois mois de travail.

Il y avait trois enfants ! Louis, Léa, Alice âgés de 12 à 16 ans à mon arrivée. Après son certificat d’études Primaires, Louis travailla chez le notaire Rosset-Bressan et suivit des cours par correspondance à l'Ecole Universelle. Il fit son régiment au Liban puis s’engagea dans l’aviation. Les deux filles restaient à la maison pour s’occuper des enfants en nourrice dont le nombre ne fit qu’augmenter. Il y eut : Martine, Maurice, Jean, Marcel, Monique et un autre enfant dont je ne me rappelle plus le nom ; vint aussi plus tard, Odette, la fille de Léa.


De gauche à droite :
Mère Bouvard (Marie), une soeur à Mme Bouvard,
Père Bouvard (Prosper), Léa, Alice
Les enfants : Monique, Marcel et moi.

La maison se composait d’une grande pièce en entrant par le haut. Sur la gauche, une chambre avec deux lits, celui du père Bouvard et celui de Louis. Derrière une petite alcôve qui plus tard sera réunie à la salle à manger, après avoir fait sauter le galandage. Un rideau cachera la séparation de la salle à magner, et l’emplacement deviendra une chambre à coucher avec un lit pour Alice et un berceau pour un enfant. Sur le côté droit, une nouvelle séparation par un rideau divisé en deux, cachant l’emplacement, il y avait un lit métallique où plus tard je dormais avec Jean.

Pour accéder à l’étage en dessous (l’atelier du père Bouvard), il y avait une trappe (le trappon : ouverture dans le plancher, pouvant s’ouvrir et se fermer) donnant accès à un escalier.

A mon arrivée chez mère Bouvard, on m’avait déposé sur une couverture à même le plancher, tandis que ma mère et mère Bouvard dissertaient dans la pièce à côté. Je ne sais combien de temps dura leur conversation mais à leur retour dans la pièce, mère Bouvard eut une grande frayeur car je m’étais déplacé et du bord de la trappe, je regardais dans le vide.
Mère Bouvard n’aurait jamais pensé qu’à neuf mois, je puisse me déplacer aussi aisément et en plus elle avait omis de fermer le trappon.

A cinq ans, je rentrais à l’ « Ecole de Garçons ». Un maître pour quarante et jusqu’à quarante-cinq élèves de cinq à quatorze ans. Cette école n’était pas l’endroit que j’affectionnais : je ne sais pourquoi le maître me tombait toujours dessus : Rivière ! mains pas propres ! Rivière ! cheveux pas peignés ! Il faut dire qu’un bon coup de tondeuse ne m’aurais pas fait de mal car j’avais la tête bien fournie et par dessus le marché une chevelure très frisée ! (mais le coiffeur coûtait trop cher à la mère nourrice). Avec ce maître, je devins le cancre de la classe. Par bonheur, un mouvement de personnel enseignant amena un nouveau maître à Revel, André Ripert, le frère de celui qui ne m’aimait pas ! Pour moi, ce fut un changement radical et en un an, je me trouvais le meilleur de ma division.

Revel, 8 ans

Pour la classe du « certif », j’étais troisième sur cinq et le plus jeune. Faible en orthographe, le maître n’osa pas demander une dispense à l’Inspection d’Académie (j’avais onze ans et demi) pour passer le certif. Les quatre autres camarades furent reçus au certificat d’études et moi je fis une année supplémentaire sans effort, toujours premier de la division. Je passais donc mon certificat à Beaurepaire, fin mai alors que le 8 mai j’avais fait ma Première Communion à Pisieu.


Pisieu, 1ère communion, 12 ans 1/2

Durant mon séjour à Revel, je vis souvent l’escadrille des cigognes (basée à Bron) venir faire ses entraînements sur Revel, la vallée de la Valloire jusqu'à Chambaran, Bouvard Louis qui était pilote de chasse, nous donnait une priorité pour ses acrobaties. A l’école, le maître était dans l’obligation de nous envoyer en récré, car la fête aérienne durait parfois plus d’une heure. Nous étions devenus des spécialistes des exercices exécutés : la ressource, la vrille, la feuille morte, la chandelle, etc… Une fois repéré, nous suivions dans le ciel, l’avion de Louis. En face de la maison Bouvard se trouvait une grande bâtisse que l’on appelait « le Château ». Le père Driez qui l’occupait nous fit visiter toutes les pièces dont un cachot et l’entrée d’un souterrain qui menait au château voisin « Barbarin » à deux kilomètres de Pisieu. Revel avec le « crotton » garde des ruines très anciennes et à l’extérieur du village certaines meurtrières.

Je ne voyais ma mère qu’une fois par an, en été. Cela ne me touchait pas beaucoup car chez mère Bouvard, nous étions tous dans la même situation : la mère de Monique ne venait presque jamais, la maman de Jean un peu plus souvent et son fils fit deux séjours à Revel, car elle se maria. Quant à Marcel, son séjour à Sathonay fut un calvaire ; il était battu pas un de ses frères. Léa alla une fois le chercher pour lui faire passer quelques jours à Revel. Au bout de deux ou trois jours, elle s’aperçut qu’il se plaignait et découvrit qu’il était plein de bleus. Sa mère vint le reprendre mais Marcel s’enfuit au « Château » (la maison en face) où il s’enferma protégé par le père Driez, et son chien un vrai tigre ; il l’appelait d’ailleurs Tigro. La mère de Marcel n’insista pas pour reprendre son fils, heureusement car la nourrice n’avait pas eu la bonne idée de faire constater les coups reçus par Marcel. Pour nous tous, la mère Bouvard, c’était « Maman » et le père Bouvard, c’était «Papa».

Après le certificat et les vacances scolaires, je repris des cours à l’école de Revel en attendant que ma mère prenne une décision au sujet de mes études. Finalement un jour du mois d’octobre ma grand-mère vint me chercher.
Publié dans : RIVIERE Maurice
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Roussillon, 13 ans

Direction Roussillon. Là, je rentrais au cours complémentaire du Péage de Roussillon. Du coup, je fis connaissance d’une grande famille, outre mon oncle Gustave et ma tante Raymonde, que je connaissais depuis ma première communion, il y avait des oncles et tantes (grands et grandes) Verrot, Priolon, arrière grand-mère Gay, petits cousins et cousines, Georges, Suzanne, Lili, grand-oncle Gay Henri et par la suite grand-oncle Charles (qui m’avait offert un portefeuille pour ma première communion bien qu’il n’ait pas pu venir). Il y avait aussi grand-tante Alice (épouse de Charles) et encore deux petits cousins dont je ne me rappelle plus les noms.

Juin 1942, 16 ans et demi

A l’école, tout allait pour le mieux, mais j’étais tellement timide que les camarades se moquaient de moi. Mais cela ne dura que quelques temps puis je me fis des copains. Mes études marchaient pas mal : premier classement : septième sur trente-cinq, puis deux fois deuxième. A ce moment-là, il aurait fallu demander une bourse pour pouvoir continuer mes études, mais je n’avais personne pour s’en occuper !

Primarette, vacances chez un paysan, 1943

Durant les vacances, j’allais travailler chez un paysan à Primarette, ou à Eyzin avec la famille Borde (le mari de Léa) où tantôt, je donnais la main à Louis (mari de Léa) qui était plâtrier, tantôt j’allais travailler ses champs.  Je revenais avec un peu d’argent et surtout du ravitaillement. Je fus aussi employé chez un mécanicien, Bondivel (à deux cent mètres de la maison de grand-mère).

Roussillon
A partir de quatorze ans, j’étais considéré comme apte à rentrer à l’usine. Un voisin, monsieur Planche, chef des gardes à Rhône-Poulenc me « poussa » et m’y fit rentrer. Je fus un employé des laboratoires, chargé des analyses des produits de fabrication.
Avec Rhône-Poulenc, je pus rentrer au Rhodia-Club « spécialité Athlétisme », cent mètres (malgré mes petites jambes), quatre cent mètres et mille mètres.  Je touchais aussi au football comme gardien de but mais ma carrière dans cette spécialité n’alla pas loin, une blessure au pouce droit (avec très probablement un e fracture) me stoppa net et je devins un ailier droit. Je fis également du basket, mais là j’étais trop petit. N’ayant sans doute pas assez d’occupations, je me fis inscrire aussi à la fanfare du Rhodia-Club. Rapidement, j’eus un instrument, le piston, ce qui me permit « de casser les oreilles » de tous mes voisins aux Vials.

Revel, moisson 1943

Durant cette période de guerre, j’allais souvent à Revel à vélo pour y récupérer du ravitaillement : pain, œufs, fromage, farine…J’aimais tellement ce village que je fis même une chanson sur un air connu : la Romance de Paris que je baptisais : mon beau village. Cette chanson eut du succès là-bas et je dus la chanter bien des fois lors des déplacements des équipes de basket de Revel (féminine et masculine). J’avais mis en relation le président de l’équipe de basket du Péage avec l’institutrice de Revel qui s’occupait du basket, en l’absence de son mari prisonnier. Des rencontres furent organisées et pour Revel, c’était une vraie fête ! Le terrain se trouvait au « Creton », et il y avait toujours beaucoup de monde pour venir encourager les équipes du village. Des matchs retours furent organisés au Péage de Roussillon où j’ai eu participé une fois.

Autres photos de Roussillon et Eyzin :

Roussillon, 1957
Grand-mère Rivière avec Tino, Alice, Raymonde, Charles,
Lucienne, Gustave, Viviane, Oncle Charles

Eyzin, 1958
Marcelle, Marcel, Louis Borde, Lucienne, Alain, Odette, Joelle, Alice

Publié dans : RIVIERE Maurice
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En 1942, ma mère voulut me prendre avec elle à Lyon. Je demandais donc ma mutation à Rhône Poulenc et le 11 mai 1942, je me trouvais « garçon de labo » à Rhône Poulenc, St Fons. Trois quarts d’heure de trajet de la Croix-Rousse à St-Fons en jonglant avec les trolleys. L’ingénieur chimiste du labo me fit suivre des cours de chimie, organisés au sein de l’usine dans la salle du messe. En passant derrière les cuisines, je prenais une poignée de légumes crus, (navets ou carottes) que je grignotais après les cours.

La période était difficile pour les jeunes en raison du rationnement. Question cours, cela ne marchait pas mal, j’obtins le premier prix d’aide-chimiste avec une somme de trois cent francs versés sur mon livret de caisse d’épargne. Ce n’était pas mal, car à cette époque, je gagnais environ quatre francs cinquante de l’heure. De Lyon, j’allais de temps en temps à Revel pour me ravitailler et ceci en passant par Roussillon (en train). Là-bas, je prenais mon vieux vélo acheté quarante francs d’occasion pour aller au travail à mon ancienne usine. Roussillon-Revel, cela faisait trente bons kilomètres et le plus dur était la montée de l’embranchement à Revel. Dès que j’avais monté la cote, j’allais vite chez la mère Bouvard, toujours très heureuse de me voir. Je me ravitaillais beaucoup à Pisieu (dans trois fermes), à Primarette (chez le boulanger qui était collaborateur !) et un peu dans Revel. Lorsque les paysans n’avaient pas grand-chose à me vendre, ils m’offraient un bol de lait cru. Je suis passé plusieurs fois derrière des troupes allemandes qui elles aussi cherchaient du ravitaillement, alors là, j ‘étais « marron ».
   
A cette période, je cherchais à rentrer dans la Résistance. J’avais de petits contacts à Revel, concernant des éléments de Beaurepaire, eux-mêmes en relation avec les maquis du Vercors. De Lyon, ce n’était pas facile de m’occuper de cette affaire. Aussi, un beau jour, sur un coup de tête, je quittais l’usine Rhône-Poulenc, le 30 novembre 1943 sans laisser d’adresse (sauf à ma mère qui était peu consentante). Je débarquais à Revel chez Rostaing. Charron de son métier, et qui en cette période de pénurie d’essence, il s’était lancé dans la vente de bois pour les gazogènes. Ce fut mon travail avec mon camarade Jacques, fils du patron. Je me faisais embaucher de partout ; certains soirs chez Canabit pour presser des choux et faire de l’huile, ou suivre la machine à battre. On « gâtait » là les jeunes en les mettant au « Bourrier » (poussière provenant de l’enveloppe du grain de blé, d’avoine ou d’orge). C’était des journées bien fatigantes, mais malgré les restrictions, il y avait toujours un bon repas à la fin.

Trop bien à faire ce que je faisais, je ne m’étais pas occupé de mon histoire de Résistance et un beau jour, ma mère me fit savoir qu’une lettre provenant du ministère du Travail m’avait requis pour travailler au Fonderies et Aciéries du Creusot à une date rapprochée. Je me présentais donc à une personne que je savais être de la Résistance, le docteur Servajean à Beaurepaire et lui expliquait ma situation. Il me fit un certificat médical pour une bronchite aggravée (huit jours, plus huit jours d’arrêt de travail). Cependant, je me trouvais rayé des effectifs de Rhône-Poulenc, St Fons, suite à cette réquisition du ministère du Travail. Je ne voulais pas aller travailler au Creusot. Aussi je dus prendre une décision.     

Publié dans : RIVIERE Maurice
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