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            Je passais un congé de fin de campagne de cent vingt jours en grande partie à Roussillon car à Lyon, en dehors des collègues de Rhône-Poulenc, je ne connaissais personne. Ma mère préférait d’ailleurs me voir passer mon séjour à Roussillon car pour les gens qui venaient la voir, j’étais le « neveu » et cet état de chose causait parfois des situations délicates dans les discussions. J’allais donc chez ma grand-mère et cela me permit de revoir toute une bande de copains du complémentaire ou de Rhône-Poulenc.

 

Image41Mourmelon (Marne), 1950,

C'est un des mastodontes que j'avais "poussé" avec mon Halftrack :

Résultat : avant tordu pour le véhicule et 2 blessés

 

            Une fois le congé terminé, je fus affecté au 8ème BCP (Bataillon de Chasseurs Portés) à Epernay, Marne. Là, je devais instruire de jeunes appelés et devint moniteur d’éducation physique pour la compagnie.

 

Image39Epernay, 1950,

avec mon camarade Fléouter

 

            Au 8ème BCP, je participais à un concours de tir du bataillon au fusil et au pistolet. Je me classais dans les premiers pour ces deux armes. Un concours Interbataillon à Mourmelon me classa dans les premiers au fusil. Pour le pistolet, ce fut raté, j’avais pourtant fait un assez beau tir mais pas assez centré, je ne fus donc pas sélectionné. Le grand Concours qualificatif aux championnats de France se passa à Metz. Le lieutenant Meunier (qui entraînait l’équipe), l’adjudant Strechenberger, le Sergent-Chef Derogy avaient tous trois fait un beau tir. Restait Rivière, le dernier de l’équipe ! Il fallait que je fasse au moins quatre-vingt trois points pour classer l’équipe aux Championnats de France de Tir de précision. Je fis quatre-vingt huit points et nous fûmes donc qualifiés pour ces championnats. Ceux-ci eurent lieu à Versailles par un temps peu favorable aux tirs de précision : le ciel était nuageux et parfois en cours de tir, il y avait du soleil ! Avec encore quatre-vingt huit points, je sortis dixième sur quatre-vingt quatre participants : une médaille et les félicitations du colonel de la 8ème BCP. Je ne me rappelle plus notre résultat par équipe, cinquième ou sixième, je crois. Au 8ème BCP, je passais mon brevet sportif populaire puis mon brevet sportif supérieur (là le plus dur pour moi fut la natation, car d’une part je n’étais pas bon nageur, et d’autre part mon éclat à la cuisse me gênait). Je fus bon au mille mètres et surtout au cross-country, je fus désigné avec une équipe du bataillon pour effectuer un parcours du combattant Inter-Régiment organisé par la région militaire de Metz. L’équipe ne brilla pas particulièrement mais ce fut avec plaisir que j’appris que j’avais battu le record du parcours de dix-huit secondes alors que j’avais perdu du temps à la Fosse aux Ours, ratée au premier saut !

 

Image40Paris 1950,

avec ma marraine de guerre,

Jeannette

 

 

Image42

La musique du 8ème BCP, Epernay 1950


Image43Visite du Président de la République, Vincent Auriol,

Epernay, 1950



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    Je fus désigné pour faire un stage de tirs au mortier, dix jours au camp de Mourmelon-Le-Grand (51). Ce stage était composé de quinze officiers (sous-lieutenants et lieutenants) et de quinze sous-officiers. C’était intéressant mais pas tellement facile, contrairement à ce que l’on pourrait penser !

    A l’issue de ce stage, il y eut un classement sans distinction des grades. J’étais classé 12ème sur trente ; apparemment, ce n’était pas tellement brillant, mais je me consolais en connaissant le classement de deux officiers (lieutenants), l’un était 27ème  et l’autre 16ème sur trente. Du moment qu’il y avait plusieurs officiers classés derrière moi, je m’estimais satisfait. Le commandant de compagnie ne me « loupa » pas : instruction aux bleus : tir au mortier.


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    Au cours de grandes manœuvres aux camps de Mourmelon et Suippes, mon chauffeur (un appelé qui avait passé son permis quelques temps auparavant) projeta violemment son véhicule sur un char Schermann (pas un petit engin !). Il s’était mélangé les pédales !! Pendant le choc, je fus sérieusement blessé au genou gauche et un officier de réserve (qui suivait les manœuvres) blessé à la poitrine qui heurta violemment la mitrailleuse 12.7. L’Half-Track avait le devant écrasé et tourné vers la gauche. Le ministre de la guerre de l’époque (Max Lejeune) passait une revue. Il fallut camoufler mon engin tordu et cela se passa bien.

    A peine de retour à Epernay, je fus convoqué chez le colonel commandant le bataillon (Rollet) qui me demanda des détails sur l’accident. Heureusement pour moi, j’avais reçu l’ordre de mon chef de section de passer devant les chars. Sans cela je devenais responsable personnellement de mon véhicule (frais de quatre cent mille francs à ma charge et jusqu’à quinze jours d’arrêts possibles). Mon chef de section fut appelé à son tour auprès du colonel et c’est lui qui paya la casse car il avait commis une erreur dans la manœuvre.

    Ma blessure au genou me bloqua huit jours à la caserne et me fit manquer un rendez-vous avec ma marraine de guerre (billet SNCF en poche) qui m’attendait à Troyes pour me présenter à ses parents ! Il y avait du mariage dans l’air ! Mais, moi je n’étais pas chaud ! Elle voulait me faire quitter l’armée et m’avait trouvé une place dans une banque à Paris où elle habitait. Elle ne voulut pas croire à mon accident et moi, je ne fis rien pour rattraper l’affaire/ Ainsi se terminait deux ans de correspondance que j’avais bien appréciés. Elle se maria peu de temps après !


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           La vie de caserne ne me plaisait pas beaucoup, j’avais envie de retourner en Indo, aussi un beau jour, je me portais volontaire pour un second séjour au T.O.E.

 

            Le 2 décembre 1950, je rejoignais Fréjus, le camp-colonel Destremeau. Je faisais un stage précolonial : Roulette parachutiste, traversée de l’Argens sous l’eau, attaques de Blockaus, embuscades, etc… Il faisait froid en cette période et sous la tente nous n’avions rien pour alimenter les fourneaux. UN commando se forma et fit main basse sur un stock de traverses de chemin de fer. Après ça, ça chauffait d’une autre façon avec la SNCF !

 

Image35 Sur le S/S Jamaïque, février 1951


            J’embarquais le 10 février 1951 SUR LE S/S Jamaïque. Une bonne traversée de la Méditerranée, du canal de Suez puis de la mer Rouge. Un arrêt à Djibouti où nous visitons la ville en tenant bien fortement nos appareils photos, nos sacoches et portefeuilles. Puis un arrêt à Singapour, ville très mouvementée avec ces grands buildings.

 

Image36

Djibouti, février 1951


            En cours de traversée, une fête fut organisée à bord. Un sergent-chef avait formé et entraîné une équipe de chanteurs et de comédiens. Je chantais en chœur plusieurs chansons dont les « trois cloches » des Compagnons de la Chanson. Puis je participais à la pièce du Barbier de Palerme. Le barbier en question qui rasait plusieurs clients (je fus l’un deux) trouva le moyen avec un rasoir en bois, dans sa précipitation de me taillader la figure. Blessure sans gravité mais qui saigna beaucoup. Il y avait de la joie à bord, et les passagers rassemblés à l’arrière du navire donnait du gîte à celui-ci ! Nous étions huit cent militaires sur ce petit navire.

 

Image38Saïgon, mars 1951

 

Image37Singapour, mars 1951


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               Notre débarquement s’effectua à Saïgon même car le Jamaïque pouvait remonter la rivière de Saïgon.  C’était le 12 mars 1951. Je restais deux ou trois jours en cette ville et voyait arriver plusieurs militaires de mon ancienne unité (le 8ème BCP). Ce fut un choc pour moi, car deux de mes anciens camarades de l’unité inscrits au tableau d’avancement avec moi, avaient été nommés sergent-chef. Ils avaient les numéros 2 et 3 et moi j’avais le numéro un ! Le colonel avait donc bien eu l’intention de me nommer avant mon départ, mais lorsque le capitaine de ma compagnie lui présenta mon dossier, il s’aperçut qu’il me manquait un mois pour remplir les conditions. Je n’avais vraiment pas de chance, car j’avais fait pendant plus de deux mois un stage « commando », inutile bien qu’ayant combattu en Indochine du premier au dernier jour.  Ce laps de temps qui amenait mes copains en renfort, désignés pour un second séjour, aurait suffi pour me permettre de passer sergent-chef. Cette affaire empoisonnera ma carrière militaire.



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