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En 1942, ma mère voulut me prendre avec elle à Lyon. Je demandais donc ma mutation à Rhône Poulenc et le 11 mai 1942, je me trouvais « garçon de labo » à Rhône Poulenc, St Fons. Trois quarts d’heure de trajet de la Croix-Rousse à St-Fons en jonglant avec les trolleys. L’ingénieur chimiste du labo me fit suivre des cours de chimie, organisés au sein de l’usine dans la salle du messe. En passant derrière les cuisines, je prenais une poignée de légumes crus, (navets ou carottes) que je grignotais après les cours.

La période était difficile pour les jeunes en raison du rationnement. Question cours, cela ne marchait pas mal, j’obtins le premier prix d’aide-chimiste avec une somme de trois cent francs versés sur mon livret de caisse d’épargne. Ce n’était pas mal, car à cette époque, je gagnais environ quatre francs cinquante de l’heure. De Lyon, j’allais de temps en temps à Revel pour me ravitailler et ceci en passant par Roussillon (en train). Là-bas, je prenais mon vieux vélo acheté quarante francs d’occasion pour aller au travail à mon ancienne usine. Roussillon-Revel, cela faisait trente bons kilomètres et le plus dur était la montée de l’embranchement à Revel. Dès que j’avais monté la cote, j’allais vite chez la mère Bouvard, toujours très heureuse de me voir. Je me ravitaillais beaucoup à Pisieu (dans trois fermes), à Primarette (chez le boulanger qui était collaborateur !) et un peu dans Revel. Lorsque les paysans n’avaient pas grand-chose à me vendre, ils m’offraient un bol de lait cru. Je suis passé plusieurs fois derrière des troupes allemandes qui elles aussi cherchaient du ravitaillement, alors là, j ‘étais « marron ».
   
A cette période, je cherchais à rentrer dans la Résistance. J’avais de petits contacts à Revel, concernant des éléments de Beaurepaire, eux-mêmes en relation avec les maquis du Vercors. De Lyon, ce n’était pas facile de m’occuper de cette affaire. Aussi, un beau jour, sur un coup de tête, je quittais l’usine Rhône-Poulenc, le 30 novembre 1943 sans laisser d’adresse (sauf à ma mère qui était peu consentante). Je débarquais à Revel chez Rostaing. Charron de son métier, et qui en cette période de pénurie d’essence, il s’était lancé dans la vente de bois pour les gazogènes. Ce fut mon travail avec mon camarade Jacques, fils du patron. Je me faisais embaucher de partout ; certains soirs chez Canabit pour presser des choux et faire de l’huile, ou suivre la machine à battre. On « gâtait » là les jeunes en les mettant au « Bourrier » (poussière provenant de l’enveloppe du grain de blé, d’avoine ou d’orge). C’était des journées bien fatigantes, mais malgré les restrictions, il y avait toujours un bon repas à la fin.

Trop bien à faire ce que je faisais, je ne m’étais pas occupé de mon histoire de Résistance et un beau jour, ma mère me fit savoir qu’une lettre provenant du ministère du Travail m’avait requis pour travailler au Fonderies et Aciéries du Creusot à une date rapprochée. Je me présentais donc à une personne que je savais être de la Résistance, le docteur Servajean à Beaurepaire et lui expliquait ma situation. Il me fit un certificat médical pour une bronchite aggravée (huit jours, plus huit jours d’arrêt de travail). Cependant, je me trouvais rayé des effectifs de Rhône-Poulenc, St Fons, suite à cette réquisition du ministère du Travail. Je ne voulais pas aller travailler au Creusot. Aussi je dus prendre une décision.     

Publié dans : RIVIERE Maurice
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