Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

Nous étions la seule unité métropolitaine en Indochine. Le 1er juin 1948, le gouvernement décida la dissolution du bataillon, et que ses éléments iraient renforcer les unités coloniales déficitaires. Le bataillon sera cité à l’ordre de l’Armée avec attribution de la Croix de Guerre avec Palme pour le Fanion du  bataillon. Nos pertes auront été de cinquante deux tués et plus de cent blessés. Je suis affecté au 3/23ème RIC (Nord Amman) dont le PC est à Dong-Hoi. De là, un convoi m’emmène à Cu-Nam, un poste près du village constitué uniquement de paillotes. Tout autour des rizières et à cinq kilomètres une rivière, qui se jette directement dans la mer et qui subit les actions de la marée ! Il y a une chaîne de montagnes (Chaîne Annamitique) tout le long de la cote et à l’intérieur une forêt très dense, derrière les rizières. Le coin n’est pas calme car pour ainsi dire, notre poste fait frontière avec la zone occupée par les Viets qui eux aussi ont leurs postes. Leur zone de contrôle va jusqu’au Tonkin.

Cû-Nam, Vietnam actuel, 1948

    Le poste compte soixante-dix hommes dont neuf européens. Les tirailleurs sont d’origine Annamite. Je prends le commandement d’un groupe renforcé de dix-huit hommes dont deux européens. Les troupes Viets se déplacent souvent dans notre secteur pour leurs opérations. Le poste sera plusieurs fois attaqués, sans perte et les embuscades seront nombreuses et parfois très près du poste, en un lieu baptisé « Le Bois Fantôme ». Dans ce coin-là, le bois a une surface d’environ un hectare. On reçoit souvent des coups de feu mais nos recherches restent toujours vaines, on ne trouve jamais personne.

    Le 31 août 1948, le convoi qui amenait le ravitaillement pour les postes du secteur, protégé par des blindés du 2ème REC (Légion Etrangère) tombe en embuscade au « Bois Fantôme ». Je suis tout de suite envoyé en renfort pour essayer d’attaquer les Viets par derrière. Le coin est truffé de mines et une d’elles blessera grièvement le lieutenant Casanova, venu avec l’escorte du convoi. Un éclat à la tête a pénétré dans l’œil droit. Je fais un pansement sur sa blessure puis le laisse aux soins des légionnaires pour son évacuation avec leurs blindés. Le lieutenant Casanova décèdera durant son transport à l’hôpital de Dong-Hoi, situé à vingt-cinq kilomètres. Il avait vingt-cinq ans d’armée et devait un mois plus tard partir en retraite.
Image46
Cû-Nam, 1948
   
Une autre mine exposa près de mon groupe et je fus atteint par une douzaine de petits éclats. Il s’agissait de mines de fabrication locale. Un soldat du poste voisin sera grièvement blessé par balle à la cuisse. Il sera évacué avec le lieutenant Casanova. De mon côté, le feu violent des Viets m’oblige à assommer d’un coup de crosse de carabine un de mes tirailleurs qui paralysé par la peur n’arrivait pas à se baisser. Il faut dire que c’était un vrai gamin, il n’avait que seize ans. Je rentrais au poste sans casse ! Un autre groupe tentera d’intercepter la bande rebelle mais en vain. Bien plus tard, on apprendra que les pertes Viets étaient importantes : dix-neuf tués !
Image47Les 2 petites orphelines adoptées par le Poste de Cû-Nam

    Le commandant attachait une grande importance aux nombreuses opérations effectuées dans notre secteur. Connaissant bien la région, je fus désigné à plusieurs reprises comme guide de ces opérations, avec les coloniaux, les parachutistes ou la Légion Etrangère. Nos sorties devenaient de plus en plus dangereuses, car nous manquions de personnel, ce qui n’était pas le cas en face ! Nous restâmes trois semaines isolés, sans ravitaillement. Heureusement, nous avions un important stock de pady (riz non décortiqué) et cela fut notre unique nourriture matin, midi et soir. On tenta plusieurs pêches à la grenade et l’on ramena beaucoup de poissons, dont profiteront non seulement nos tirailleurs mais aussi les habitants du village.

    Durant cette période d’encerclement, il y eut une grande activité d’embuscades, tant Viets que françaises. Un soir , le chef me désigna pour aller avec mon groupe tendre une embuscade en un lieu de passage fréquemment utilisé par les Viets près du village de ? …  (Je ne me rappelle plus le nom, par contre c’était à environ trois kilomètres du poste). Arrivé à l’endroit où je voulais que nous fassions notre embuscade, notre éclaireur (dans la lune, on peut le dire car il faisait clair de lune) continua sa progression sans attendre les petits appels que je lui lançais pour le faire arrêter. J’allais donc le chercher et le ramenais une vingtaine de mètres en arrière, à hauteur du groupe resté en place dans le caniveau. Là derrière un buisson, il me sembla apercevoir une tête qui disparut aussitôt. Sans le savoir mon éclaireur et moi étions en pleine embuscade. J’avais à peine rejoint mon groupe que les Viets nous attaquaient sur le coté gauche (côté village). Cependant, je craignais une attaque du côté droit, où à une vingtaine de mètres, il y avait une espèce de masure pouvant abriter des assaillants. Je faisais donc tirer rapidement une rafale de FM dans cette direction, puis lançais une grenade OF sur le côté gauche. Pas de riposte à droite, donc l’embuscade était uniquement sur le côté gauche et légèrement plus en avant. La tête que j’avais aperçu était celle d’un guetteur Viet. Un signal convenu avec le poste (trois balles traçantes tirées dans la direction de l’ennemi) déclencha un tir de mortiers derrière les Viets, et la 12,7 fit également entendre quelques rafales. Les Viets se retirèrent rapidement et ma foi on s’en sortait bien ! On ne sut pas quelles furent les pertes des Viets, les gens du village nous signalèrent des blessés et pour eux, des dégâts occasionnés par le tir de mortiers !

    Vous aurez noté que l’embuscade que je voulais tendre était au même lieu que celle des Viets mais à droite de la route et non du côté gauche.

    A quelques temps de là, un agent de liaison Viet est fait prisonnier par une de nos patrouilles. Les documents découverts sur lui nous apprennent la mort d’un commandant Viet, tué par une balle de 12,7 (mitrailleuse) à plus de mille cinq cent mètres du poste. Il s’agissait d’un tir de harcèlement que nous avions effectué une huitaine de jours auparavant, sur un lieu de passage connu. Le hasard a fait que la troupe Viet emprunta la piste au moment du tir, et sans le prisonnier, nous n’aurions jamais su le décès de ce commandant.
    Les embuscades continuaient et un jour, les Viets furent pris par derrière. Il faut dire que leur embuscade était basée sur une piste menant sur un passage à gué (petite rivière qui arrivait à subir les effets de la marée de la Mer de Chine). Mais avant la rivière, il y avait deux endroits pour passer à gué. Les Viets n’étaient pas du côté où nous sommes passés et leur surprise (un peu trop bruyante) nous fit découvrir leur présence. Nos tirs déclenchèrent une vraie débandade et les Viets profitèrent de la nuit pour disparaître.
 

Image48

Cû-Nam,

Au Bananier du secteur,

1948

Publié dans : RIVIERE Maurice
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés