Partager l'article ! 50 – L’Algérie: Embarqué à Marseille, je débarque à Philippeville le 9 septembre 1954. Je rejoins le Centre d’Instr ...
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Embarqué à Marseille, je débarque à Philippeville le 9 septembre 1954. Je rejoins le Centre d’Instruction Nr 3 à Telergma. Première affectation, adjudant de Bataillon (malgré mon grade de Sergent !!) : ceci en attendant mon dossier. Là évidemment, traces des mes emplois de fourrier, chef comptable, chiffreur… Je me trouve donc affecté au bureau de la comptabilité. Je suis inscrit au tableau d’avancement pour le grade de sergent-chef avec le numéro 2 du régiment. Pas de nomination (le Régiment est en sureffectif dans ce grade). Plus en rapport avec mes fonctions, je suis enfin inscrit au tableau d’avancement pour le grade de Sergent-Major et nommé à ce grade le 1er novembre 1955. Je suis affecté à la 1ère Compagnie du CIA Nr 3 à compter du 1er mars 1956 au poste de Hadjar-Merakeb (en français le tas de cailloux) à trois kilomètres de Telergma. Là, une compagnie entière d’algériens avec une dizaine de français. Les fellaghas viennent nous rendre visite et incitent les algériens (la plupart des appelés) à déserter et à nous couper les c….

Hadjar-Merakb, Algérie, février 1956
La situation est très tendue et pour les rondes de nuit, il faut prendre de sérieuses précautions. Avec un collègue Lacoume), nous logeons dans un petit baraquement en dur,
avec en face de la porte d’entrée un fusil mitrailleur chargé !
Telergma, 1955
En raison des évènements, il y a un mouvement d’effectif au 3ème RTA. Je suis affecté au C.J.D et je rejoins la 21ème compagnie et voltigeurs à Bone (appelés algériens, une
dizaine de français, plus trois ou quatre sous-officiers algériens et quatre sous-officiers français). Pour la comptabilité, je dépends toujours de Telergma, ce qui me vaudra plusieurs liaisons
par avion (à Telergma, il y a un grand terrain d’aviation). Des éléments de la 21ème sont détachés au port de Phillippeville (déchargement de navires) et là aussi, de devrais effectuer des
déplacements par avion ou par route dans des conditions dangereuses (problème des ouvertures de route, déminage en particulier). La 21ème Compagnie deviendra la 21ème Compagnie de Base de
District Portuaire de Bône à compter du 1er juin 1956.
Le district portuaire changera encore une fois de nom et deviendra autonome. Il s’appellera District de Transit Bone-Philippeville à compter du 1er octobre 1958.
Bône, Algérie, 1957, 1ère Dauphine
Lors de mon séjour à la 21ème Compagnie, il n’y eut pas de déserteur parmi les appelés algériens. Un seul nous posa des problèmes et c’est notre service de renseignements des
armées qui découvrit un trafic d’armes dont une provenait de la compagnie.
A vingt-trois heures, un soir, je fis un contre-appel dans les chambrées accompagné du capitaine et d’un autre sous-officier. Arrivé devant son lit, on le ceintura et on
l’emmena immédiatement en prison. Ce militaire avait un oncle dans le gouvernement algérien en exil, un nommé Yayahoui. Il se trouvait en Tunisie. Je tiens à signaler que durant cette
période agitée, j’étais le seul sous-officier européen à coucher à la caserne et que sous ma taie d’oreiller, il y avait un 7,65 avec une balle dans le canon !
Bône, 1958
Le 1er décembre 1958, je fus muté au 60ème RI, unité qui tient une partie du barrage électrique construit le long de la frontière tunisienne. Je rejoins le poste de
commandement à La Calle, à deux kilomètres seulement de la frontière. Je fus affecté à la 2ème Compagnie au S.P 88556 à environ trente kilomètres au sud de La Calle. Nous étions le seul poste
contre La Calle et Souk-Arhas. L’endroit n’était pas très catholique. Les fellaghas étaient en Tunisie comme chez eux. Il y avait un barrage électrifié mais la route passant très prés de la
frontière, surtout un endroit nommé épingle à cheveux, nos convois se faisaient mitrailler à moins de cinq cent mètres. Nous ne pouvions répondre que lorsque des éléments avaient franchi la
frontière. De l’autre coté, ils nous faisait le pied de nez. Cette affaire finit par déclencher une riposte de nos forces aériennes qui bombardèrent un camp d’entraînement des fellaghas. Ce fut
une affaire internationale, les tunisiens ayant déclaré que c’était uniquement des civils qui avaient été tués dans ce bombardement. Ils n’hésitèrent pas à habiller des soldats tués avec des
vêtements de civils et le firent constater par une délégation de l’ONU, je crois ! C’était l’affaire SAKIET.
Mes fonctions de chef comptable m’amenaient à souvent me déplacer : soit au PC de La Calle, soit à l’Intendance à Souk-Arhas. Pour aller au PC, je partais avec une Jeep et un
chauffeur de Souk-Arhas en passant par Bone (soit deux cent kilomètres au lieu de trente !). Pour revenir de Bone, je jonglais avec les convois mais du PC je devais attendre une ouverture de
route pour rejoindre mon poste. Ces ouvertures de route comportaient à chaque fois une attaque de la part des fellaghas. Les fellaghas utilisaient des bombes de fabrication locale et quelques
mines traditionnelles, anti-personnel, anti-char.
Bone, Cap de Garde, 1958
Début 1959, il était tombé beaucoup de neige, les fellaghas en profitèrent pour placer de nombreuses mines mais elles ne firent pas les dégâts qu’ils escomptaient. Les attaques
contre notre poste ne furent jamais sévère, ils lançaient des bombes comme on lance un obus de mortier. C’était de la fabrication locale et cela ne causait que peu de dégâts.
Lors d’une attaque un peu plus sérieuse, ils utilisèrent des armes automatiques et la baraque en tôle que j’occupais fût percée de plusieurs balles (à cinquante
centimètres au dessus de mon lit). J’étais à mon poste de combat derrière un muret du poste.
Dans cette compagnie contrairement au 3ème RTA, il n’y avait que six Harkis et cent trente français. Un lieutenant (originaire de Lyon) commandait la compagnie. Il y avait deux
sous-lieutenants comme adjoints dont l’un d’eux était le frère de Jacques Charrier, le mari de Brigitte Bardot. Le sous-lieutenant Charrier fut d’ailleurs blessé au cours d’une opération dans la
région de Souk-Arhas. Il y avait une très bonne ambiance dans ce poste. La compagnie sortait souvent en opérations avec les parachutistes ou d’autres unités. Le secteur était toujours très
mouvementé car les fellaghas devaient constamment envoyer des troupes en Algérie. Le barrage électrifié leur causait des pertes énormes ; des centaines de morts parfois car ils se faisaient
piéger par nos troupes ou les parachutistes au passage du barrage.
Durant ces opérations, étant le plus haut gradé du poste, je m’en trouvais le chef. Mon effectif était très réduit et comportait surtout des « éclopés ». Une nuit, un bataillon
complet de fellaghas (environ sept cent hommes) franchit le barrage à quatre cent mètres du poste ! Ils devaient certainement savoir que la compagnie était en opération et leur problème n’était
pas de venir nous attaquer ! Quant à nous, l’aboiement des chiens nous avait signalé ce passage mais de toute manière, nous ne pouvions rien faire !!